Puisque nos enfants sont de moins en moins attentifs, je me suis penchée avec intérêt sur ces problèmes d’écoute et depuis quelques années je propose à mes “élèves” de jouer à écouter. Cela ne va pas sans mal, mais les enfants y prennent goût et leur acuité auditive devient de plus en plus fine.
Pour que les enfants soient prêts à écouter, il faut d’abord créer l’atmosphère, le cadre où l’écoute sera optimale.
En classe: Il sera bon qu’un “coin” soit réservé à l’écoute, où les enfants seront bien installés (moquette, coussins, chaises), où l’on pourra créer la pénombre, mettre des éclairages tamisés. On aura soin d’avoir à proximité un bon électrophone (penser à changer le saphir de temps en temps) des disques de bonne qualité; un magnétophone (si possible) sera aussi le bienvenu.
A la maison: L’enfant pourra ressentir le besoin de s’isoler. Il est donc très important qu’il puisse avoir un petit coin bien à lui. Cela évidedemment peut poser certains problèmes, si l’on est petitement logé, s’il y a plusieurs enfants dans la même chambre. Il faudra, dans ces cas-là, penser à aménager la chambre d’une manière fonctionnelle afin de laisser de la place pour jouer: à tout âge l’enfant aime jouer par terre, se traîner, s’allonger à même le sol. Les lits superposés ou gogogne, les lits à tiroirs, les lits escamotables, les cloisons mobiles peuvent rendre bien des services à cet égard. Même si l’espace consacré à l’enfant est exigu. Ce qui lui est réservé est son domaine, et c’est très important.
Regardons un enfant qui met un disque de conte sur un “mange-disque”. Bien souvent il s’allonge sur son lit, ou par terre, l’appareil à portée de main et il écoute. A ce moment sa concentration est telle que rien ne peut le distraire.
Un besoin de répétitions
Il remettra le même disque deux, trois, quatre fois. De même en classe. Nous avons souvent remarqué que les enfants réclamaient, les mêmes chants, les mêmes contes, les mêmes comptines. L’enfant aime entendre et répéter les mêmes mots, les mêmes formules magiques, et cela l’apaise.
L’adulte aussi a depuis fort longtemps trouvé les effets bénéfiques de certains sons. Ainsi le “Mantra” formule sacrée très ancienne (bien avant notre ère), sorte de mot de passe très magique sans aucune signification agit uniquement par le son (un peu comme les terpnoslogos, sorte de ton mnotone qu’emploient des sophrologues pour leurs exercices de relaxation ou encoe comme les incantations des anciens Grecs.) En répétant invariablement ce Mantra, comme l’adepte de la méditation transcendantale, l’adulte parvient à se plonger dans un état de relaxation profonde, relaxation qui peut assurer un détachement complet ayant des effets extrêmement bénéfiques sur la psyché et sur le physique. De même pour l’enfant on peut envisager des répétitions de son qui le conduisent à un certain degré de relaxation.
Quelques formules vous seront données à titre d’exemple et vous pourrez sur ces exemples multiplier les exercices.
Nombre de contes ont beaucoup de succès auprès des enfants parce que justement il y a des formules répétitives. Je citerai par exemple: Les trois petits cochons où le loup répète à chaque fois: “je vais soffler, taper, cogner et la maison s’écroulera”; Roule Galette où la galette chante à chaque fois la même chanson: “je suis la galette”, etc.; Les trois ours où chaque ours répète: “qui a touché mon bol, qui a touché ma cuillère, qui a touché ma soupe, etc.”.
L’espace aménagé pour l’écoute n’est pas le seul élément important d’une bonne écoute. L’est encore davantage, l’attitude de celui qui écoute: lorsqu’on prête l’oreille, tous nos sens sont dynamisés vers l’écoute et chaque détail prend un sens dans notre imagination. Il faudra donc amener les enfants, progressivement, à être en condition de bonne réception. Pour cela ils devront d’abord se calmer s’ils sont énervés (voir les exercices spécifiques a venir), puis exercer leur oreille sur des bruits qui les intéressent, ou les amusent. On peut par exemple jouer à écouter ceux qui proviennent d’une pièce voisine et à identifier ainsi les actions qui s’y passent. Cela les amuse beaucoup.
Par exemple:
- J’entends des bruits d’assiettes dans la cuisine, des couverts se cognent
- c’est maman qui met la table
- J’entends des bruits de voix dans la classe à côté, des enfants parlent, on entend la maîtresse
- J’entends le bruit d’une voiture de plus en plus fort, puis le coup de freins: c’est la voiture qui s’arrête devant chez nous, etc.
Tous ces bruits sont du vécu journalier mais il leur faudra cependant une certaine attention avant de les discerner de plus en plus finement.
J’ai fait un jour cette expérience en “classe”: c’était au début de l’année scolaire et ce jour-là il pleuvait constamentt; pas de récréation -> d’activités extérieures, les enfants étaient très énervés. En fin de journée, nous avons ” joué à écouter”. J’ai pour ce faire, fermé les lumières et invité les enfants à fermer les yeux. J’ai maintes fois remarqué l’importance du phénomène lumineux dans l’acte d’écoute : une lumière vive incite à l’agitation, à l’action, à l’énervement tandis qu’une lumière tamisée, indirecte, calme, incite les enfants à la réflexion. C’est pourquoi dans la plupart de nos exercices de “relaxation” nous vous conseillons une lumière douce et tamisée. Ce jour-là, nous avons donc joué à écouter les bruits qui nous parvenaient de la rue et de l’autoroute; au bout d’un instant très bref: – on entend des voitures. Puis après une nouvelle écoute dans le calme: – on a entendu une moto qui démarrait et qui est partie. Puis au bout de cinq minutes: – on entend des voitures qui roulent sur des flaques d’eau, ça fait “Pschitt–ttt”. Puis ensuite: – on entends des camions et des voitures qui roulent dans les flaques d’eau.
Les enfants au bout de ce labs de temps se sont sensibilisés au phénomène d’écoute, ils ont réussi à percevoir des bruits, à les expliquer, chose dont ils n’avaient pas eu conscience jusque-là. Outre les bruits du vécu familier (sonnerie du téléphone, de la porte, de la sonnette, bruit de perceuse, de scie, de robots ménagers, bruit de pas grimpant, marchant, courant, etc.) on peut s’amuser à écouter des instruments à percussion; dans beaucoup de classes, il y a maintenant des instruments à percussion qui servent pour les orchestres enfantins: claves, maracas, grelots, castagnettes, cymbales, tambourins, etc. Avec ce matériel il est très facile d’organiser des jeux d’écoute qui auront pour but d’affiner le sens auditif et d’aider les enfants à reconnaître des sons très voisins. Dans nos “exercices” (en construction) vous trouverez des exemples de jeux faisant appel au sens auditif